Numerus Apertus : Comprendre la Fin de ce Système et ses Conséquences
Santé Bien-être · · Serge
La fin du numerus apertus marque un tournant historique dans l’accès aux études de santé en France. Après seulement cinq ans d’existence, ce système qui avait remplacé le numerus clausus en 2020 est officiellement supprimé par la loi du 27 juin 2025. Cette réforme bouleverse l’organisation des formations médicales et soulève de nombreuses questions sur l’avenir des étudiants en médecine.
Qu’est-ce que le numerus apertus et pourquoi est-il supprimé ?
Le numerus apertus, littéralement « nombre ouvert », avait été instauré pour remplacer le très critiqué numerus clausus qui limitait drastiquement le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine. Ce système visait à adapter les capacités de formation aux besoins territoriaux en professionnels de santé.
Les limites du système actuel
Malgré ses objectifs louables, le numerus apertus a rapidement montré ses limites. Entre 2014 et 2024, le nombre d’étudiants admis en seconde année est passé de 8 000 à 12 000 par an, soit une augmentation de 50%. Cette hausse significative s’est heurtée à un problème majeur : le manque de moyens et d’infrastructure dans les universités.
Les facultés de médecine se sont retrouvées submergées, sans pouvoir offrir des conditions d’apprentissage optimales. Les amphithéâtres surpeuplés, le manque d’encadrement et l’insuffisance de terrains de stage sont devenus monnaie courante.
La réforme de 2025 : vers une autonomie universitaire
La loi du 27 juin 2025, également appelée loi Neuder, vise à améliorer l’accès aux soins en repensant intégralement le système d’admission en études de santé. Cette réforme attendue par de nombreux acteurs du secteur introduit un changement radical dans la gestion des flux étudiants.
Une liberté encadrée pour les universités
Désormais, les universités fixeront librement le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine, en collaboration avec les Agences Régionales de Santé (ARS). Cette autonomie permet théoriquement une meilleure adaptation aux réalités locales et aux capacités d’accueil réelles de chaque établissement.
Cependant, cette liberté s’accompagne d’une responsabilité importante : garantir la qualité de la formation tout en répondant aux besoins en professionnels de santé sur les territoires.
Les réactions des étudiants et des doyens
La suppression du numerus apertus suscite des réactions contrastées au sein de la communauté universitaire. Si la réforme est globalement bien accueillie, elle s’accompagne d’inquiétudes majeures concernant les moyens alloués.
Les revendications des étudiants en médecine
Les étudiants en médecine et leurs représentants réclament avant tout des moyens supplémentaires. L’augmentation du nombre d’admis sans renforcement proportionnel des budgets et du personnel enseignant risque de dégrader encore davantage les conditions d’études.
Les principales préoccupations portent sur :
- Le manque de places de stage dans les hôpitaux et cabinets médicaux
- L’insuffisance d’encadrement pédagogique avec des promotions toujours plus nombreuses
- La saturation des infrastructures universitaires (amphithéâtres, salles de travaux pratiques)
- Le risque de dilution de la qualité de la formation médicale
Le point de vue des doyens de facultés
Les doyens des facultés de médecine partagent ces inquiétudes. Ils soulignent que l’autonomie accordée par la nouvelle réforme ne sera bénéfique que si elle s’accompagne d’un financement adéquat. Sans moyens supplémentaires, les universités risquent de se retrouver dans une impasse, contraintes de choisir entre limiter les admissions ou accepter une dégradation de la qualité.
Impact sur les études de santé et l’accès aux soins
Cette réforme s’inscrit dans un contexte plus large de crise de l’accès aux soins en France. Les déserts médicaux se multiplient, et le vieillissement de la population accroît les besoins en professionnels de santé.
Une réponse à la pénurie médicale ?
L’objectif affiché de la fin du numerus apertus est d’améliorer l’accès aux soins en formant davantage de médecins. Toutefois, l’efficacité de cette mesure dépendra de plusieurs facteurs :
- La capacité des universités à absorber des promotions plus importantes
- Le maintien d’un niveau de formation d’excellence
- L’attractivité des zones sous-dotées en médecins pour les futurs praticiens
- Le délai incompressible de formation (minimum 9 ans pour devenir médecin)
Les autres filières de santé concernées
Si la médecine est au cœur des débats, les autres filières de santé sont également impactées par cette réforme. Les études de pharmacie, odontologie, maïeutique et kinésithérapie suivent des évolutions similaires, avec des enjeux spécifiques à chaque profession.
Ce qui change concrètement pour les futurs étudiants
Pour les lycéens et étudiants qui envisagent des études de médecine, la suppression du numerus apertus implique plusieurs changements importants.
Un système d’admission en évolution
Le passage en deuxième année ne sera plus déterminé par un quota national uniforme, mais par des critères définis localement par chaque université. Cette décentralisation peut entraîner des disparités entre établissements, avec des niveaux d’exigence et des capacités d’accueil variables.
Les étudiants devront donc être particulièrement attentifs aux spécificités de chaque université lors de leur choix d’orientation via Parcoursup.
L’importance des prépas médicales
Face à la compétition qui reste intense malgré la fin du numerus apertus, les classes préparatoires médicales et organismes de formation comme Cours Galien continuent de jouer un rôle déterminant. Ils accompagnent les étudiants dans leur préparation aux concours et épreuves de sélection qui, même sous une forme différente, demeurent très sélectifs.
Perspectives et enjeux futurs
La suppression du numerus apertus n’est qu’une étape dans la transformation du système de formation médicale français. Plusieurs défis restent à relever pour que cette réforme atteigne ses objectifs.
Le financement des études de santé
La question du financement reste centrale. Le gouvernement devra démontrer sa volonté d’accompagner cette réforme par des investissements substantiels dans les facultés de médecine, tant en termes d’infrastructures que de personnel enseignant.
L’évolution des parcours de formation
Au-delà du nombre d’admis, c’est l’ensemble du parcours de formation qui pourrait évoluer. Des réflexions sont en cours sur la durée des études, l’articulation entre théorie et pratique, et l’adaptation des enseignements aux nouvelles réalités médicales (télémédecine, médecine personnalisée, etc.).
La régulation territoriale de l’offre de soins
Former davantage de médecins ne suffira pas à résoudre la problématique des déserts médicaux. Des mesures complémentaires d’incitation à l’installation dans les zones sous-dotées devront accompagner cette augmentation des effectifs pour garantir une répartition équilibrée des professionnels sur le territoire.
La fin du numerus apertus représente donc une opportunité de refondation du système de formation médicale, à condition qu’elle s’accompagne des moyens nécessaires et d’une vision à long terme de l’organisation des soins en France. Les mois et années à venir seront décisifs pour évaluer l’efficacité réelle de cette réforme ambitieuse.